Chapitre 1
POV Heaven
Je m'appelle Heaven, j'ai 14 ans.
Je suis en 9ème année au Gymnasium de Magdebourg.
Nous sommes au mois de Février et il neige. Dans deux semaines, c'est les vacances.
Je viens de terminer ma journée et Gustav, mon voisin et meilleur ami vient de rentrer chez lui. Il est 15h30, je pousse la porte de chez moi et, comme tous les jours, j'entends mes parents s'engueuler dans la cuisine. Sans chercher à comprendre, je monte dans ma chambre et m'affale sur mon lit.
Je regarde la photo de famille qui est posée sur ma table de nuit. Sur ce cliché, mon père, Laurenz, ma mère, Mary, et moi, bébé de six mois qu'ils tiennent dans leurs bras pour me protéger de la neige. Nous étions à Montréal sur le quai du Saint Laurent. Oui, Montréal au Canada.
C'est de là que ma mère vient. Elle a rencontré mon père alors qu'elle faisait ses études en Allemagne et paf! ça a fait un chocapic (moi) quelques temps après leur mariage. Quatre ans après ma naissance, nous avons déménagé à Magdebourg pour le boulot de mon père et nous y résidons depuis. Depuis quelques temps, ça ne va plus du tout entre eux. Ils passent leur temps à s'embrouiller pour rien. Papa dort sur le canapé, maman dans son lit. Avec eux, je fais comme si tout allait bien... mais c'est loin d'être le cas.
A 14 ans, je n'intéresse personne et personne ne s'intéresse à moi. Comment pourrais-je rivaliser avec les bombes atomiques de 10ème année alors que je ne suis ni grande, ni blonde et qui plus est, myope ? La réponse est simple, je ne peux pas. Moi, petite brune de 1,57m de haut qui a 20 de moyenne en Physique, j'intéresse les garçons parce que je leur file des tuyaux sur le fonctionnement d'un oscilloscope. C'est tout. Avec eux, c'est toujours pareil. A chaque fois que je pense avoir une chance, je les vois le lendemain en train de rouler un patin à Jessica.
Jessica, 18 ans, en 10ème pour la troisième année consécutive. Rien dans la tête, tout dans les seins. A côté d'elle, j'ai l'air d'une planche à pain.
J'entends encore ma grand-mère me dire «chaque pot à un couvercle qui lui convient». Merci pour la comparaison...
Gustav est dans le même cas que moi, alors on se comprend... et on arrive même à en rire quand on est de bonne humeur. A nous deux, on forme le parfait couple des déprimés de l'amour. Quand il veut me taquiner, mon père me dit qu'on va bien ensemble. Alors je lui répond qu'il dit n'importe quoi et je lui tire la langue en lui rappelant qu'une fille et un garçon peuvent très bien être A.M.I.S même s'ils ont 14 ans et que leurs hormones sont en ébullition.
Je pose la tête sur mon oreiller et ferme les yeux. Je n'ai pas le temps de m'assoupir que ma mère vient frapper à la porte.
Heaven, descend s'il te plaît. Avec ton père on doit te parler.
Je me demande ce qu'ils vont bien m'anoncer. La dernière fois qu'elle m'a dit ça, c'était pour me dire que mon arrière grand-mère était morte.
Je pose mon pied gauche sur la première marche, puis descend les escaliers d'un pas lourd. J'appréhende.
Mon père est assis sur un bord du canapé, ma mère sur l'autre bord. Je m'assois en face d'eux sur le fauteuil. Et là, ce qui devait arriver arriva.
Laurenz : Heaven, je suis sûr que tu te doutes de ce qu'on va t'annoncer. Mais promets-nous que tu ne vas pas être triste.
Heaven : Qui est mort ?
Mary : Personne, chérie. Ton papa et moi... euh... nous nous séparons.
Heaven : Oh si c'est que ça... je m'en doutais.
Laurenz : Puce, on en a beaucoup discuté avec ta mère et on pense qu'il serait mieux que tu ailles vivre à Montréal avec papy et mamie.
Heaven : Mais pourquoi je devrais quitter Magdebourg ? Et mon lycée ? Et Gustav ?!!
Laurenz : Je viens d'avoir une promotion. Je serais en déplacement toute la semaine. Je ne veux pas que tu te retrouves seule tous les soirs...
Mary : Et en plus, mamie est toute contente de te revoir bientôt.
Heaven : C'est quand, bientôt ?
Mary : Ils nous attendent pour le début des vacances.
Heaven : Quoi ?!!
Laurenz : Chérie, ne le prend pas mal. C'est pour ton bien, je t'assure. Et puis, tu viendras pendant les vacances, hein. Et tu reverras tous tes copains.
Mary : Poussin, on sais que ça ne sera pas facile mais...
Heaven : Ouais, j'ai pas le choix de toute manière. Bon, je monte faire mes cartons.
Laurenz : On t'aimera toujours puce !
Sa voix était déjà loin. Je montais les escaliers et m'assis sur mon lit. Dans un sens, je n'avais pas de réelle attaches à Magdebourg. Pas d'amies avec qui aller faire du shopping, pas de petit ami pour aller au cinéma... Je n'avais que Gustav qui m'emmenait faire un tour de vélo de temps en temps. Il allait me manquer c'est sûr. Mais vu comme j'étais aimée à l'école, nul doute que personne ne s'apercevrait de ma disparition...
POV Gustav
Pauvre Heaven, elle a l'air toute triste.
En ce moment ce n'est pas facile pour elle, alors en essuyant mes pieds sur le paillasson, je me demande ce que je pourrais lui faire faire pour lui changer les idées.
A peine ai-je poussé la porte que je sens une délicieuse odeur qui émane de la cuisine. Ma mère est en train de sortir du four deux moelleux au chocolat. Il est 15h30, mon père arrive d'ici une heure et demie. A 17h les gateaux seront froids et on se régalera ensemble autour de la table de la salle à manger. Ma mère a tout prévu. Je passe ma tête dans l'entrebâillement de la porte et lui dit bonjour. Elle me souris et se lance dans la préparation d'une crème anglaise. Mmmh... je sens qu'on va se régaler.
Je monte dans ma chambre, m'assois à mon bureau pour commencer mon commentaire composé en Allemand, j'écris mes nom et prénom en haut de la feuille, et là... le blanc. OK, ça commence bien. Je mâchouille le bout de mon stylo pendant trois quarts d'heure et voyant que ça ne mène à rien, j'abandonne. De toute façon j'ai encore une semaine. Pour demain j'ai de la physique et des maths... même pas la peine d'y penser. Je m'enfonce un peu plus dans mon fauteuil et allume le lecteur CD. Metallica... ça c'est de la musique! Je bats le rythme avec mon stylo plume et je m'imagine devant 30000 fans en délire. Alala que c'est bon de rêver...
Pourquoi est-ce que je ferais rêver les filles? J'ai 14 ans, je mesure 1, 30m, j'ai plein de boutons et des lunettes. Heureusement, que j'ai réussi à échapper à l'appareil dentaire, sinon je ne sais pas ce que j'aurais fait. Bien sûr, il y a Heaven. Sans elle, je me sentirais vraiment seul au monde. Je reviens donc à ma question première : comment faire pour la rendre heureuse comme elle l'était avant? Je pensai immédiatement au cinéma et m'apprêtais à l'appeler lorsque le téléphone sonna. Je décrochai.
Gustav : Tiens salut Heaven. J'allais justement t'appeler.
Heaven : Comme quoi les grands esprits se rencontrent... Euh, je voulais te parler d'un truc important. Hum... mes parents divorcent.
Gustav : Sérieux ?!
Heaven : Oui... et je dois partir au Canada avec ma mère d'ici deux semaines.
Gustav ; Tu rigoles ?
Heaven : Hélas... non. Ils pensent que c'est mieux pour moi parce que mon père a eu une promotion et tout et tout... Sinon, tu voulais me demander quoi ?
Gustav : Hein... euh, si tu voulais aller voir l'âge de glace demain soir avec moi ?
Heaven : Je pense que ce sera bon... Gus ?
Gustav : Oui ?
Heaven : Je suis désolée que tu aies appris ça de la sorte, mais... en fait, je me dis que c'est un nouveau départ pour moi et vu que les choses ne vont pas super bien ici... ben, ça peut que être tout bénef' quoi.
Gustav : Je comprends... tu vas me manquer.
Heaven : Toi aussi... Mais ne pleure pas, je suis pas encore partie. Il me reste deux semaines et je ne veux pas les passer avec quelqu'un qui tire la tronche !
Après avoir raccroché, je ne sais pas si je devais être heureux. Heaven s'en allait... j'aurais dû m'en douter. Je savais qu'on continuerait à se voir pendant les vacances, qu'on s'enverrait des mails, des lettres. Elle n'était pas du genre à oublier les gens qui comptaient pour elle.
Pourtant, à cet instant-là, j'ai eu peur de la perdre pour toujours.